Léo Brouwer écrivait à Robert J.Vidal :
« Quel monumental édifice tu as fabriqué avec ton ardeur et ton opiniâtreté pour la cause de la guitare et combien notre monde se reconnaît par ton Concours ! Combien de jeunes yeux s'illuminent dans les coins reculés du monde en rêvant de votre Concours... Car enfin, il faut bien être un peu Don Quichotte ou un fou sensationnel - comme toi ! - pour renaître chaque matin et entreprendre la marche sur la « Rossinante » de six cordes. Mais tu n'es pas seul. Nous sommes un régiment énorme de fous semblables qui te comprend et te remercie une fois encore. »

Quand Régine-Claire Boissard, Présidente de l'Association ODECA (Organisation pour le Développement Européen des Cultures et des Arts) m'a encouragé à réaliser mon rêve, celui de créer le concours qui porterait le nom de Robert J Vidal, notre initiative a été saluée par les plus grands guitaristes actuels. Notre enthousiasme et notre persévérance à toutes les deux ont fait naître « Le Concours International de Guitare Robert J.Vidal ». Si la guitare est connue aujourd'hui par un large public, nous devons lui rendre hommage afin que la jeune génération sache ce qu'il a réalisé.

Délia ESTRADA,
guitariste classique et amie de Robert.


Robert J Vidal

2002 venait de naître quand le monde de la guitare perdit une de ses voix les plus familières et les plus respectées. Le 11 janvier, après une longue et courageuse bataille contre le cancer, Robert J. Vidal s'éteignit dans sa chère Chalosse, à Montfort dans le Sud Ouest de la France.

Robert naquit en mai 1925 à Alger.  Il avait presque 29 ans quand, le 11 mars 1954, la radio française diffusa la première émission de ce qui allait devenir la série de renommée mondiale dédiée à la guitare, à ses compositeurs et ses meilleurs interprètes – déjà célèbres ou qui allaient le devenir. Ces émissions ne se limitaient pas à un aspect de la guitare (comme la plupart des guitaristes d'ailleurs..) mais devaient les comprendre tous: classique, flamenco, bossa nova et jazz.

Cette première série ‘Des Notes sur la Guitare’ fut bientôt suivie en 1956 par ‘Sortilèges du Flamenco’. L'année précédente, avec RCA, il avait commencé à travailler à la collection révolutionnaire ‘Anthologie de la Guitare’. En 1958 il fonda le ‘Concours International de la Guitare de la Radio Nationale’, (RTF, ORTF, Radio France…) désormais légendaire, qu'il dirigea durant 35 années. Dès 1959 il présentait le programme télévisé ‘Renaissance de la Guitare’ qui se terminerait six ans plus tard avec une émission spéciale produite à St Jacques de Compostelle avec Andrés Segovia; il continua avec maintes émissions radiophoniques ‘La Guitare et ses Virtuoses’, Introduction à la Guitare’, ‘Guitare Magazine’, ‘La Guitare sous toutes ses Formes’ et bien d'autres.

En 1964 Decca lui demanda de classifier tous les enregistrements d'Andrés Segovia par ordre thématique. En 1977 il produisit, avec Segovia, une série de seize conversations  en espagnol pour la Radio Nationale d'Espagne en en français pour Radio France. En 1979 il y eut le Festival Mondial de la Guitare à la Martinique……

Et ainsi de suite tout au long de sa vie. Son dévouement à cet art et à sa pédagogie ne trouva, dans aucune de ses multiples activités, une expression plus éloquente que dans les ‘Semaines Internationales de la Guitare’ au Théâtre de la Ville de Paris, dans les festivals de guitare itinérants ou dans les rencontres internationales annuelles dans les cités méridionales comme Arles, Castres et Tarbes où les concerts des maîtres couronnaient les cours magistraux de guitare classique, flamenco et jazz.

Il ne peut y avoir au monde de couple qui ait oeuvré d'avantage pour les amoureux de guitare, musiciens jeunes et moins jeunes, compositeurs et même ceux que l'on oublie trop facilement, les constructeurs de guitare, - je veux parler, bien sûr de Robert et de son épouse Yvette. Personne n'a, comme eux, su encourager une solidarité parmi ceux qui vivent et qui travaillent dans la communauté de la guitare. Et pour les multitudes qui restaient fidèles à des centaines d'émissions, eux-mêmes ni professionnels, ni mêmes musiciens, mais unis dans leur passion pour l'instrument, sa voix douce et persuasive enchanta leurs soirées pendant quelque 48 années. Andrés Segovia le disait plus éloquemment que nous tous quand il décrivait Robert, son ami et confident durant plusieurs décennies comme « un Phare dans le Monde de la Guitare ».

Robert resta proche des grands interprètes et compositeurs – Andrés Segovia, Joaquin Rodrigo, Emilio Pujol et de leurs proches. En 1993 il se retira du Concours de Radio France qui élargissait, chaque année, la réserve de jeunes talents qui allaient devenir célèbres (comme Jorge Cardoso, Oscar Ghiglia, Barbara Polasek, Alberto Ponce, Konrad Ragossnig, ……) et les faisait entrer dans le cercle magique de cette assemblée qui comptait Segovia lui-même, Alirio Diaz et bien d'autres qui ‘définissent’ toujours le son de la guitare dans le monde: Walter Abt, Robert Aussel, Léo Brouwer, Costas Cotsiolis, Délia Estrada, Paco de Lucía, Alvaro Pierri, Manolo Sanlucar, Ichiro Suzuki, John Williams….sans mentionner les distingués musiciens du jury…..
En fait je crois que la première visite en Europe d'Antonio Lauro fut à l'occasion du Festival de Castres. Je me souviens aussi du Festival de Tarbes en juillet 1987 qui comptait parmi les artistes Robert Aussel et les ‘flamencos’ Paco de Lucía, son groupe et Manolo Franco. Manolo et moi fûmes stoppés par la police alors que je remontais un sens interdit à toute vitesse – il était en retard pour son concert – et ce qui nous sauva ce fut son visage présent sur les affiches étalées dans toutes les rues…..Cette année-là il y avait un concours totalement irréel où les musiciens étaient dissimulés par des paravents. Pour une fois ils ne comptaient pas  - nous étions là pour récompenser cette fratrie de maîtres artisans sans lesquels tout est silence: les luthiers.

Personne, surtout Robert, n'envisageait rien d'autre que l'écriture et l'élargissement de la confraternidad de la guitarra. Le temps semblait être de notre côté. John vint à Montfort en 1997 donner, en concert, un tribut personnel pour marquer la retraite de Robert. Nous passâmes quelques journées inoubliables dans les douces collines de la Chalosse projetant de créer un centre pour tous les mordus de la guitare…..

Sa passion ne se limitait pas au classique ou au flamenco. Il comptait Joe Pass, Barney Kessel, Baden Powell – et tant d'autres parmi ses amis…Muddy Waters, BB King…Il fut, sans doute, l'un des derniers à avoir une conversation avec Django Reinhardt qu'il avait revu au hasard d'une rencontre à la station de Métro rue St Benoît/St Germain des Près quelques jours avant sa mort prématurée en 1953.

Robert était un voyageur infatigable qui appréciait au plus haut point le contact avec les jeunes musiciens passionnés. Le fouillis des étiquettes de voyage déchirées qui demeuraient collées sur son sac à dos illustraient bien le personnage: un globe-trotter dont la présence et l'opinion étaient recherchées partout dans n'importe quel concours digne du nom. Lui-même pouvait puiser dans l'expérience d'une vie riche et variée: dans sa jeunesse, il lui était même arrivé de travailler comme ‘orderly’ dans un hôpital de Londres – cité qu'il aimait – et où, en 1989 et 2001 il donna des conférences sur la guitare à l'Instituto Cervantes pour le gouvernement d'Espagne et le Festival de Guitare de Londres organisé par l'Ambassade de Venezuela.

Le gouvernement espagnol avait une telle confiance en son jugement que, dès 1959, on lui accorda libre accès aux musiciens, aux enregistrements et aux documents qui constituaient, à l'époque, une anthologie unique du flamenco. Ses efforts furent reconnus par le Roi d'Espagne qui lui décerna le titre et les privilèges de Caballero de la Orden del Mérito Civil.

Robert nous manquera pour de nombreuses raisons – l'une et non la moindre, parce qu'il était, comme les gitans dans le flamenco, le garant et le vecteur d'un art qu'il faisait partager aux quatre coins du monde. Il lui arrivait aussi, parfois, de ressembler à l'incarnation même de ‘el duende’, car outre la vivacité et l'intransigeance de sa présence artistique, il possédait un sens de l'humour diablement irrévérent…..

Si grande et durable est son influence que je trouve difficile, six années après sa mort, d'écrire sur lui au passé.

Tony Male,
Ami,
Ancien Membre du Jury du Concours International de Guitare de Radio France,
Membre du Jury du Concours International de Guitare Classique de Barbezieux.

‘Escan-Set’, Laurède, Landes, France

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